GOUJU SÉBASTIEN



A4
Né en 1978, vit et travail à Metz.

EXPOSITION PERSONNELLE
2007
•Galerie Octave Cowbell, Metz.

EXPOSITIONS COLLECTIVES
2007
•Réseau - LX5 Trèves, Allemagne.
•Camouflage - Saarländisches Künstlerhaus, Sarrebrück, Allemagne.
•Je me suis toujours dit… - Aperto, Montpellier.
•Double face - École supérieure d’art, Metz.

2006
•Kunst kiosk - Atelier de Véronique Verdet, Sarrebrûck, Allemagne
.•Les sentiers rouges - Résidence à Esch-sur-Alzette, Luxembourg.

2005
•Robert Schuman - K4 galerie, Sarrebrück, Allemagne.
Atelier d’Olivier Weber, Nancy.

2004
•Quelques degrés de plus à l’est - Castel Coucou, Forbach.

2003
•Sur le pont - Cipac 03, Metz.
•Soyez belle avant l’été - Anciens bâtiments de l’inspection académique, Nancy.
•Pim-pam-pom - Castel Coucou, Forbach.

OEUVRES 2001 - 2007 - TEXTE DE FRANçOIS COADOU
Les oeuvres de Sébastien Gouju proposent au spectateur le trouble délicat d’expériences perceptives. Elles se jouent et prennent en défaut quelques automatismes, quelques mécanismes de notre appréhension de ce qui fait réel, de notre rapport au monde, produits de culture, fruits d’apprentissage, et devenus contraignants, pourtant, envahissants comme une seconde nature à force d’habitude.Prenons pour commencer Les Soldats, oeuvre de 2007, et parmi les plus représentatives, peut être, de son travail. Ce sont des soldats de plomb, cloués au sol, installés dans l’espace, dans le déploiement d’un mouvement de troupe. Chacun, ils portent une feuille, sur la tête, comme un camouflage, qui les dissimule d’abord à l’oeil du spectateur. Lorsqu’il les appréhende au premier aspect, de haut, celui-ci n’aperçoit en effet que des feuilles. C’est donc la vue, comme on le comprend, qui est ici mise en jeu. La vue ou, pour le dire plus précisément, le point de vue : ce qu’il révèle du réel, certes, et ce qu’en même temps il occulte. Vieille question philosophique, comme on sait, depuis Lucrèce jusqu’à Descartes et au-delà… Mais bien plus, ce n’est pas seulement la vue elle-même, c’est aussi tout le déplacement corporel du spectateur qui est mis en jeu ici. Car pour saisir vraiment l’oeuvre, ou l’installation, pour comprendre que le camouflage est camouflage, et pour aller au-delà, il faut s’en approcher, tourner autour, faire varier les points de vue, se baisser. Il faut, pour ainsi dire, se mettre au niveau de l’enfant qu’on était et qui jouait jadis avec les soldats de plomb. Les Soldats de Sébastien Gouju déjouent nos habitudes de surplomb. Ils font signe vers un autrement qui est surtout un avant : avant qu’on ait pris l’habitude d’appréhender le monde de haut. Le même principe, la même mise en jeu, ou en question, de la perception, des automatismes, ou mécanismes, que nous y convoquons, se retrouve, d’évidence, dans plusieurs autres oeuvres de Sébastien Gouju. Au point qu’on peut, décidément, et comme je le suggérais déjà tout à l’heure, pour commencer, la tenir pour une caractéristique forte de son travail. Prenons-en deux exemples encore, qui fonctionnent un peu de la même manière : Les Ballons (2002) et Fil de cristal barbelé (2007). Cette fois, ce n’est pas tant la vue, ni même le déplacement corporel du spectateur qui sont mis en jeu, mais plutôt le toucher. Non pas que le spectateur soit invité à toucher les oeuvres. Tout au contraire : il est bien plutôt maintenu à distance, presque dans le mouvement en retrait d’une crainte. Decrire. Bref, tout se passe cette fois-ci au niveau de l’anticipation du toucher, sensation déjà quasi corporelle elle-même. Les Ballons et Fil de cristal barbelé jouent avec les règles établies de la perception (par des décalages).On comprend, sans que j’aie besoin de beaucoup m’y arrêter, que ce type de réflexion rattache le travail de Sébastien Gouju à la tradition du minimalisme, du Bauhaus ou du constructivisme, modernité, d’ailleurs, dont il se réclame volontiers.Mais dans le temps même où j’esquisse ce parallèle, où j’indique cette filiation possible, on aperçoit aussi, je pense, tout ce qui fait la différence entre le travail de Sébastien Gouju et lesdites références.Tandis que les oeuvres issues de ces courants ont souvent versé dans le peu à voir (dans la mesure, précisément, où ce qui était en jeu, pour elles, c’était, par une espèce de soustraction, de donner à voir non pas le vu mais la vision elle-même), tandis qu’elles ont souvent versé, même, dans l’abstraction, les oeuvres de Sébastien Gouju demeurent au contraire dans les limites d’une certaine figuration.
À côté des références déjà indiquées, on y trouve aussi, et curieusement peut-être, une référence indiscutable à l’art pop. Comme les artistes pop, Sébastien Gouju emprunte des objets connus, des éléments de la réalité quotidienne : soldats de plomb, ballon de baudruche, fil de fer barbelé, mais aussi avion de papier (A4, 2002) , aiguille en forme et aux couleurs d’une fusée de bande dessinée (Aiguille, 2001)…Comme les artistes pop, Sébastien Gouju propose, à partir de cela, des oeuvres empreintes de matérialisme ; le goût du fini ; une relation (faire d’ambiguïté) avec le design ; une relation avec l’idée de grand nombre (de diffusion « industrielle ») : ici : ce sont des multiples.De sorte qu’on pourrait, à son propos, parler de minimalisme pop. Au sens, à tout le moins, où ses oeuvres présentent l’hybridation de caractères propres à l’un et à l’autre de ces courants. Le figuratif, en effet, ne devient jamais, chez Sébastien Gouju, de l’illustratif, ou du narratif.Ce serait, selon lui, soumettre le plastique au littéraire. Or, non. S’affirme, chez SG, l’autonomie du plastique, dans la réalisation d’oeuvres en quelques sortes muettes. La figure (entendue surtout comme un répertoire, dans la nature ou dans l’industrie, de formes, lignes, rythmes) plutôt que d’entrer dans le jeu d’un renvoi sémantique clair, devient plutôt le matériau d’un jeu possible. Exemple du fil de cristal / fil de fer.Des jeux de déplacements, etc.Avec comme problématique on le répèteCe qui pourrait être une expérience sévère (et qui peut-être l’était dans les courants modernes qu’on a cités) devient ainsi une expérience ludique. Et aussi une expérience poétique (si tant est de le jeu, et sa gratuité, fasse le fond de la poésie).Sébastien Gouju joue, en d’autre termes, de la séduction, de la sensualité (certes très esthétique) que ses oeuvres proposent pour ouvrir (et ce d’autant mieux, peut être, que si elles étaient d’abord sévères) l’espace d’une réflexion qu’on pourrait qualifier d’immanente, d’une réflexion sensible sur notre rapport au réel.Est-ce un hasard, d’ailleurs, si nombre de ses oeuvres évoquent, ou reprennent, comme on y a déjà fait allusion, des éléments liés à l’enfance ? C’est la période, après tout, où l’on expérimente le plus, ne serait-ce que dans le jeu des échelles, ce rapport au réel ; c’est le temps où l’on découvre encore, dans l’éblouissement inquiet de la nouveauté, ce qui pour nous plus tard, mais plus tard seulement, dans le tissu serré des habitudes, fera monde.Avec une légèreté de ton, comme sans avoir l’air d’y toucher, et avec une élégance de moyens pour lesquelles on ne peut qu’être reconnaissant, les oeuvres de Sébastien Gouju nous ouvrent au pressentiment d’un retour pourtant condamné à demeurer impossible, à la splendeur de ce matin improbable de l’existence, avant que le monde ne devienne monde.
François Coadou

LE SIMULACRE ET LA MATIÈRE - TEXTE DE SÉBASTIEN FAUCON
Il est là, planté dans un mur. L’avion a été stoppé net dans son élan, rattrapé par sa matière. Au raz du sol, le motif d’un tapis de feuilles camoufle une forêt de soldats de plomb lancés dans une bataille au corps à corps. Au milieu de ces catastrophes anodines et silencieuses, mis en jeu physiquement, nous approchons du regard ces oeuvres ouvertes dont nous dessinons la spatialité.Sébastien Gouju nous entraîne ainsi dans une relation ludique et singulière où les oeuvres, dotées d’une puissante force figurative, nous destabilisent et nous manipulent. Elles se jouent de nous, dissimulées sous des formes archétypales, répondant à un inconscient collectif, mythe d’un monde de tous les probables. Ballon de baudruche, soldat de plomb, avion en papier, évoquent cette imagerie populaire proche de l’enfance. Ces formes primordiales tissent avec nous un lien sensible. Nous y rejouons, fascinés, le jeu symbolique d’appréhension du monde. Le travail de Sébastien Gouju s’établit dans cette dialectique entre ces formes et la matière qui les compose. L’avion en aluminium devient aussi dangereux et inutilisable que le fil barbelé en cristal devient fragile et fictif. Chaque oeuvre se présente comme un paradoxe où la matière au travers de ses forces et de ses contraintes vient annihiler la forme et en révèle le simulacre de la représentation.
Sébastien Faucon